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Les craintes inspirées par un raid solo en Laponie

cimetière sans traces en Laponie cimetière sans traces en Laponie

Une semaine seul dans la nature en Laponie

Aujourd’hui je voulais vous parler de la peur, des peurs. Peurs inspirées par mon futur raid solo en Laponie. Lorsque j’ai dû annoncer à mes proches, amis, collègues que j’allais partir une semaine seul en Laponie, avec juste un sac de couchage et ma tente (ou même moins, j’en reparlerais dans un futur article dédié aux abris pour le nord, orienté survie), j’ai eu toute sortes de réactions.
Les personnes les moins proches (collègues, potes), ont trouvé ça marrant, me traitant de fou, de mec qui préfère être seul dans une contrée inhospitalière glacée qu’accompagné sur une plage bondée à prendre le soleil.
Mes plus proches ont été de suite inquiets, voire très inquiets : très dangereux est ce séjour, arriverais-je à survivre dans le grand nord ? Certaines réactions m’ont d’ailleurs énervé, du genre « mais tu ne seras pas capable ». Non c’est sûr, je ne serais pas capable, je suis suicidaire et c’est pour ça que j’y vais !

J’ai pu en tout cas avoir une sorte de check-up de toute les choses dangereuses et mortelles qui pourraient m’arriver. Si l’attaque de crocodile ou l’agression par une bande de jeunes vilains n’a pas été proposée, voici un petit florilège des craintes qu’inspirent un tel périple.

cimetière sans traces en Laponie

Eviter de terminer dans un cimetière en Laponie

Une faune polaire dangereuse

Tout d’abord, les animaux dangereux, dont le loup. Je fus très surpris de voir les craintes que cet animal légendaire suscite encore. En effet, plusieurs furent les personnes à m’en parler. Est-ce que je ne risquerais pas de me faire attaquer par un loup ? Et une meute qui aurait faim ? Il faut savoir qu’il y aurait environ 200 loups en Suède, et que généralement (sauf dans Crocs-blancs) ceux-ci n’attaquent pas l’homme. Vu toute les misères que l’homme lui a fait, et continue de lui faire (ils sont toujours chassés en Suède, et ne parlons pas de la France…), le loup a tendance à s’éloigner, et fuir l’homme comme la peste. Alors oui, j’aimerais en voir, et peut-être qu’en m’isolant un curieux passera me dire bonjour. Mais je pense que j’aurais largement plus de chances de voir des aurores boréales que des loups, malheureusement…animaux que je risque de rencontrer (et je l’espère) : les élans, et bien entendu les rennes très communs dans la région. Si j’ai beaucoup de chance peut-être un glouton, où un lynx, mais il faudra que je fasse vraiment corps avec la forêt pour avoir une infime chance de ne pas les effrayer. Sentir le fauve si vous voyez ce que je veux dire…

Chien de traineau Laponie

Après tout, un loup c’est juste un chien de traîneau sauvage, non?

Comment résister au froid arctique?

Le froid, ensuite. Je pensais que ce serait la première des craintes inspirées, le grand méchant froid de Laponie. Car oui, ça peut piquer. J’ai déjà eu du -40°, et si cela est rigolo lorsque vous avez la possibilité de rentrer au chaud et prendre un bon thé et des gâteaux suédois, ce ne sera pas le cas lors de mon périple. -40° et je me congèlerais sur place. Oui, mais…non ! Je partirais fin mars, période où les températures sont en moyenne entre -7° et -20° (on est pas à l’abris d’un -40° hein, mais bon, dans la vie, faut prendre des risques). En cas de coup dur, j’aurais toujours moyen d’aller m’abriter chez des gens (je ne serais pas non plus à des centaines de kilomètres de toute civilisation). De plus, je compte me construire un igloo, ce qui me fera un intérieur avec une température aux alentours de 0° (l’igloo étant très bien isolé). Si je n’arrive pas à construire d’igloo, ce sera problématique en cas de températures de ce type, mais ne parlons pas des choses qui fâchent, je serais correctement équipé, que ce soit pour le couchage où les vêtements, et il y a des techniques pour des abris de neige plus simple que les igloos !

Temperature Laponie

Dehors, ça doit piquer un peu…

Ne pas se perdre si loin de la civilisation

Se perdre : Là aussi, quelques personnes m’ont demandé si je n’allais pas me perdre. Bon, je peux comprendre cette question, mais là aussi, j’essaye tant bien que mal de rassurer : je ne serais pas très loin de la civilisation, et en Laponie suédoise une route assez importante (à relativiser avec les nôtres, mais importante pour la Laponie), traverse la région d’Est en Ouest : il me suffira de la rejoindre (donc savoir si je suis au nord ou au sud de cette route, ce qui devrait être quand même gérable), et hop, miraculeusement je ne serais plus perdu. Personne par contre ne m’a parlé de me perdre en cas de tempête de neige et de blizzard, éloigné de ma tente. Nombre d’explorateurs dans le Grand Nord sont mort à quelques mètres de leur tente…Je n’ai bien sûr évoqué avec personne cette possibilité (oui, la Laponie c’est sympa, mais il y a certaines choses à savoir, règles à respecter, et mesures de sécurité à prendre).

Des dangers réels en Laponie

Pour continuer sur les dangers, mais ceux auxquels les gens n’ont pas pensé, et où c’est plutôt moi qui peut m’inquiéter (et donc ce sur quoi je serais vigilent) :

Tomber dans l’eau en passant à travers la glace. C’est l’une des péripétie récurrente des récits d’aventures nordiques. On se promène (souvent avec des chiens de traîneau d’ailleurs, qui souvent vont trop vites et ne voient pas une faiblesse de la glace), et crac, celle-ci cède et c’est le plongeon. Dans une eau proche de zéro, les chances de survie sont très limitées si les bons gestes ne sont pas réalisés. Bon gestes qui seront difficiles avec le froid qui en quelques instants vont engourdir vos membres, une coque de glace se formant sur vos vêtements, presque un cercueil de glace serais-je tenté de dire. Oui, c’est un risque auquel je pense étant donné les températures assez élevées de cet hiver et une glace surement moins épaisse qu’habituellement, et comme j’avais l’idée de suivre la rivière Torne – gelée – et me trouver un joli lac pour construire mon camp de base, il me faudra donc bien faire attention où je mets les pieds, et tâter la glace avec mes bâtons de ski pour éviter telle mésaventure. Si cela devait m’arriver, la technique théorique serait de me déshabiller rapidement, et tenter de faire un peu, bouger aussi pour faire circuler le sang et ne pas risquer de graves engelures et de perdre des extrémités (j’avoue, mes doigts me manqueraient…). Mais en ski, en ne faisant pas n’importe quoi, je devrais survivre et ne pas tomber dans une eau glacée, tel un vieux phoque abandonné.

igloo survie

Un igloo et je serais bien protegé

lieu du bivouac stage de survie

Un camp de base lors de mon stage de survie dans le Jura

Enfin, l’un des dernier danger que j’ai identifié serait de me couper. Oui, je vais avoir à jouer du couteau, de la scie, pour le bois, et différentes choses. Je ne manie pas habituellement le couteau, et si j’ai bien étudié les façons de faire, notamment au stage de survie, un accident est vite arrivé, et je ne serais pas tout près des secours. Il faudra que je sois doublement vigilent, avec une trousse de secours au cas où…l’important c’est de s’y attendre plutôt que de jouer du couteau la fleur au fusil et de subir l’accident…

Une expédition nordique sous contrôle

Je rassure donc tout le monde, je ne pars que quelques jours dans une situation à peu près contrôlée : je connais l’endroit, car j’y suis allé plusieurs fois, et je vois donc à peu près quel nature j’aurais à « affronter » (je n’aime pas ce mot, car j’y vais en ami, et je ne souhaite que m’y fondre), j’ai du matériel adapté, je serais correctement préparé. Je ne pars pas non plus dans le Sarek ou le Kebnekaise, où les conditions montagneuses auraient été bien plus dangereuses. Même si rester une semaine seul dans la forêt en Laponie peut paraître être de la survie, il n’en est rien : la survie et les dangers que cela implique, c’est arriver dans un tel environnement (certes dangereux), sans s’y attendre, et sans équipement adéquat ; là, ce n’est pas le cas, je sais ce que je fais. C’est une « acquisition » d’expérience grandeur nature, contrôlée. Un moyen de faire ce que je veux, tester mes limites, sortir de ma zone de confort, et ramener de jolies photos. Et après tout, ce que j’explique souvent, c’est qu’il y a plus de risque à être piéton à Paris, se faire renverser, ou avoir un accident de voiture, que mourir dans le grand nord, en étant bien préparé !

J’ai donc hâte d’y être, les jours avancent lentement, mais la préparation, c’est déjà un peu être dans cette aventure.
Et vous, quels sont les dangers que vous inspire ce séjour en Laponie ?

Ski rando Laponie Junosuando

Se perdre dans ces magnifiques forêts…

Marecages laponie neige

Tel un coureur des bois…

Lannavaara,laponie,Suède

Est-ce que ça ne vaut pas le risque de se perdre?

A propos Laponico (550 Articles)
Passionné des régions nordiques et scandinaves. J'ai plusieurs voyages à mon actif, en Laponie suédoise, norvégienne et finlandaise, ainsi que dans d'autres régions de ces pays. J'aime les grands espaces, la nature et je pratique le karaté et la course à pieds/trail. N'hésitez pas à me contacter.

7 Commentaires le Les craintes inspirées par un raid solo en Laponie

  1. Excellent ton commentaire Mélissa ! 😀 J’imagine sans peine les commentaires que vous avez dû subir !
    Quant aux « tu n’y arriveras pas », je crois effectivement que c’est ce qu’il y’a de plus vexant. Je peux comprendre qu’on se fasse du souci pour une personne proche, mais ce genre de commentaire montre qu’on n’a pas confiance dans les capacité physique et d’organisation de la personne qui part.
    Faut laisser dire ! Et vivre à fond l’aventure ! 😉

  2. Effectivement il y a vraiment ce côté de partir seul sans un organisme qui ressort souvent…Et pour une fille je n’imagine même pas, rien que quand ma copine parle d’aller faire son jogging en forêt (ou même moi quand j’y vais de nuit), il y a des craintes souvent presque irréelles…ce qui m’a vraiment le plus énervé c’est le côté « tu n’en seras pas capable… »…mais pour 2 filles, j’imagine très bien la pression qu’il a dû y avoir 🙂

  3. Même si le sujet abordé est « la peur », il l’est de façon légère mais reconnu !
    C’est fou tout ce qu’un « voyage » hors organisation peut susciter chez les personnes !
    Si nous avions écouté toutes les mises en garde avant de partir faire un trek à 2 filles seules au groenland, et de un nous ne serions jamais parties et au final nous aurions du mourir de:
    dénutrition, accident, terrassées par des boeufs musqués et / ou des ours polaires, perdues et desséchées abandonnées, agressées aussi par des randonneurs mal intentionnés, ah, et puis, congelées bien sûr !!!
    Alors, se préparer, se renseigner est la clef de la réussite !
    A tout appréhender, on ne sort jamais de chez soi ! 🙂

  4. Je n’ai jamais fait d’expédition dans le grand nord, donc je peux comprendre l’inquiétude de tes proches. Toutefois, c’est vrai qu’en étant conscient des risques, tu sera bien plus à même d’y faire face et de les anticiper.

    Comme danger potentiel, je n’aurais pas pensé au loup, comme toi, je rêve plutôt d’en croiser un (ou un lynx). S’il y a des ours dans la région (je dis peut être une énorme bêtise, je n’en sais rien, je ne suis pas très renseignée sur le secteur où tu vas), c’est plus eux qui me feraient flipper, ainsi que le froid et les mauvaises conditions météo.

    Ton raid suppose tout de même une bonne préparation, une bonne condition physique, de savoir se débrouiller seul en pleine nature et un bon sens de l’orientation… donc ce n’est pas forcement fait pour tout le monde.

    Mais tu n’as pas l’air en reste, question préparation. Finalement si quelqu’un de ma famille, aussi bien préparé que toi, partait pour un raid solo, je crois que mon plus gros stress serait de ne pas pouvoir le joindre en cas de besoin (dans un sens comme dans l’autre).

    • Ah mais oui les ours: alors en fait personne ne m’en a parlé sauf une ou deux personnes très effrayées effectivement. Bon, l’ours s’attaque pas non plus à l’homme, il a plutôt peur. Les grizzlys peuvent être dangereux. Mais il n’y en a pas. On m’a aussi demandé les ours blancs…comme quoi, il y a vraiment des craintes par méconnaissance ! Mais bref, les ours qui pourraient être la de toute façon hiberneront quand j’y serais !!!
      Concernant le fait de pouvoir être joint et pouvoir joindre, oui je comprend. Et en même temps, même si c’est égoïste, j’ai envie et je recherche cet isolement, qui fait partie de l’aventure !(bon, je le dis pas trop hein, j’explique que je serais joignable, qu’en cas de problème je pourrais prévenir, etc; et je compte effectivement prévenir que ça va de temps à autre). J’aurais d’ailleurs une batterie rechargeable à l’énergie solaire pour mon smart phone !!! Après, je minimise peut être les dangers d’un certain sens, ou alors je m’y attend…

  5. C’est vrai qu’il ne faut pas avoir trop peur du danger mais il faut s’y préparer. Personnellement, je crois que le pire est effectivement le mauvais temps. En décembre, je me suis retrouvé dans le blizzard à Abisko. Le vent soufflait très fort et il était difficile d’être face à lui. La visibilité est alors devenue très faible à cause de la neige ( en plus, c’était la nuit polaire) et j’avais du mal à m’orienter car le vent avait tendance à tourner. Comme je n’étais pas loin de la « Turisstation », je n’ai pas eu de soucis mais en pleine forêt, je crois qu’il faut trouver un abri très vite.

    • Oui c’est ça, un gros blizzard et ça peut vite poser problème !
      Je prévois de toute façon un minimum de sécurité lorsque je m’éloignerais de mon abris (sac à dos avec minimum vital, etc…).

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  1. Abri en Laponie | Carnets Nordiques

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